jeudi 20 mars 2008

20/03/08

Visite de l'expo Keith Haring au musée d'arts contemporains de Lyon cet après-midi avec R. Plaisir de découvrir beaucoup de choses qui me parlent, évidemment, Haring étant un enfant du mouvement Hip-Hop new-yorkais des années 70, 80 (la "old school") via le graff. Des performances rapides des débuts, en "Freestyle", exécutées à la craie sur des affiches noires dans les métros de la ville, composées de petits personnages cartoonesques pleins d'énergie qui s'agitent dans tous les sens, naît un style plus torturé et sclérosé par le symbolisme et la grandiloquence dans la deuxième moitié des années 80. La vibration ondulatoire heureuse des corps connectés sur d'énormes boom box se fait de plus en plus inquiète sous les pinceaux d'Haring à cause de ses peurs vis-à-vis, notamment, des avancées technologiques au cœur de la société. C'est, en somme, comme si le "kick your ass" survolté de "Planet Rock" (Soul Sonic Force, 1982) se transformait progressivement en le "kiss your ass goodbye" poisseux de "Nuclear War" (Sun Ra, 1984). Haring écoutait, parait-il, beaucoup de musique en peignant, elle lui fournissait la direction à emprunter, sa dynamique.

Illustration : Keith Haring, Untitled, 1982.

mercredi 19 mars 2008

19/03/08

Discussion avec QZ à la sortie de "The Ghost And Mrs Muir" (J. L. Mankiewicz). Elle me reproche un peu d'apprécier le happy-end final, ces derniers plans où le capitaine vient chercher, dans sa belle mort, une Mme Muir soudainement rajeunie. Ses remarques me renvoient à Dreyer. D'une part, qu'importe que cette fin soit "réaliste" ou pas, pourvu qu'elle soit belle, et elle l'est, intensément même. De mon point de vue, il y a bien des fins de films qui se veulent happy-end mais qui sont, en définitive, tout à fait médiocres ("Catch Me If You Can" est un exemple de ces fins qui rabattent fièrement le personnage principal sur un destin de bon toutou fonctionnaire, quand ça n'est pas le familialisme…). Et puis j'en viens forcément à "Ordet", et au miracle final, pour défendre l'idée déjà ancienne (et plus vraiment d'actualité) d'un cinéma qui gagne en tant qu'art s'il parvient un instant à stimuler la croyance en l'extra-ordinaire, en lui conférant une certaine "réalité", ou plutôt une certaine vérité, bien loin des images d'Épinal.

Il fallait que les autorités chinoises qualifient le Dalaï-Lama de "loup enveloppé dans une bure de moine" (AFP) pour que me revienne à l'esprit le texte essentiel de la dernière conférence "à pas de loups" de J. Derrida en France ("Le souverain bien - ou l'Europe en mal de souveraineté", Cités #30). Il faut noter qu'il est assez fréquent que l'État chinois louvoie, fasse passer officiellement certaines des pires exactions commises par son armée contre des tibétains en un comportement défensif vis-à-vis d'une agressivité de leur part bien souvent mensongère (cela ne semble, certes, pas le cas dans les évènement de ce début de semaine, où l'agressivité des indépendantistes tibétains parait rivaliser avec la barbarie de la répression coutumière de l'État chinois).

lundi 17 mars 2008

17/03/08

Pourquoi, dans le dernier film de P. Costa ("En Avant, Jeunesse"), certains plans fixes me font penser à de la vidéosurveillance ? (simple influence un peu bête du récent film de De Palma ?) En particulier chez Vanda, dans sa chambre avec la petite, je pense parfois aux caméras de la téléréalité qui tournent sans bouger en attendant que quelque chose se produise enfin. A cet endroit, cela peut s'expliquer, une mise en scène en triangle où la caméra filme les personnages sur le lit, qui, eux-mêmes, regardent la télévision. Ce triangle fermé clôt toute projection extérieure, sur les murs pourtant blancs de la chambre, s'il l'on pense à la remarque de Ventura à propos de son attachement pour les murs intérieurs pleins de vie des baraques ("maisons des morts") dans le bidonville. Plus curieusement, certains plans fixes à l'intérieur même de Fontainhas (devant des portes) m'ont donné la même impression.

Revu la fin d'"Amadeus" (M. Forman) dans le cadre du ciné-club. C'est le même acteur (F. Murray Abraham) qui joue Salieri dans le film et le professeur Crawford dans "Finding Forrester" (Gus Van Sant). "I speak for all mediocrities in the world. I am their champion. I am their patron saint.", dit-il à la toute fin d'"Amadeus". Hasard ou coïncidence ?

samedi 15 mars 2008

15/03/08

Revu le premier "Gremlins" (J. Dante). Le film, vu étant gamin et oublié, est d'une telle xénophobie (ou)vertement anti-asiatiques (peur du communisme des chinois, peur de la technologie des japonais) que je n'en reviens tout simplement pas. Trop d'éléments "contre" pour commencer à en dresser la liste ici (cela passe aussi bien sûr par une fausse critique des "valeurs" usiennes qui représentent en fait la madeleine de Dante). Je me souviens du tonnerre d'éloges qu'il avait suscité à l'époque, les Cahiers avaient même réalisé une fausse interview avec Gizmo sur laquelle je suis tombé il y a quelques années. Du coup je suis retourné feuilleter le bouquin "L'Asie A Hollywood" dans lequel figure un long article sur la représentation négative des asiatiques dans l'histoire du film hollywoodien, mais aucun mot sur ces "Gremlins" de l'aigrillard Dante.

"Une Vie Humble", A. Sokourov (1997) : Sokourov canonise Hiroko via sa mise en scène (plan des pieds flottants au dessus des nuages, évoquant quelque icône religieuse). Il fait plus que décrire la vie de cette femme, c'est par l'intermédiaire de son regard russe qu'il nous la raconte. Reterritorialisation réactionnaire, dirait vraisemblablement Deleuze. Lui, travaille son film afin de portraiturer Hiroko en sainte qui a fait le choix de vivre dans l'ascétisme le plus complet, elle, se décrit (dans ses poèmes récités devant la caméra à la fin) simplement en femme triste, abandonnée par sa famille qui sent la mort roder dans sa maison isolée. Rapprochement de la vieille dame japonaise avec les mères russes de la jeunesse (les photos) de Sokourov pendant la guerre. Le cinéaste accentue le "gouffre" (fait de respect, voire de dévotion) qui les sépare en ne cherchant pas à tout prix l'échange, la discussion : magnifique moment lorsque Hiroko regarde le cinéaste derrière sa caméra qui tourne, il pense (pensée donnée à entendre en voix-off, comme toujours chez Sokourov) qu'elle aurait sans doute voulu lui dire quelque chose mais elle ne dit rien et rebaisse la tête pour terminer son repas, il n'insiste pas (souvenir d'une même retenue de cinéaste dans le premier film d'A. qu'elle m'offrit à voir). Construction : interpénétration entre la nature extérieure, la maison, la femme qui vie dedans et les outils qu'elle utilise pour coudre ses kimonos (fils=cheveux, plis du tissus=replis du visage..). D'où le recours fréquent à de lents fondus enchaînés qui font s'interpénétrer les images entre elles, via des plan de portes ou de fenêtres. Insistance probablement d'ordre sexuelle sur la bouche sans cesse fermée de la femme, c'est le malaise qui sort et rentre des brèches et des trous (le plan sur les abeilles). Ralentis sur les mouvements marchés de la femme, rapprochement possible avec le "2001" de Kubrick (cf aussi texte sur "Maria"), impression de personnage se déplaçant en apesanteur, sous le poids du temps. Liens possibles avec Ozu : plans fixes sur des objets domestiques (théière..), la vieille dame pourrait être le personnage d'un film d'Ozu (qui attend la mort, "abandonnée" par ses enfants), plans immobiles sur des parois ouvertes qui laissent apparaître l'extérieur derrière. Bruits de train au début, suggérant probablement le voyage de Sokourov (le voyage Russie-Japon, en lui-même, ne peut qu'être évoqué mais pas montré frontalement pour minimiser la distance qui le sépare de Hiroko. Le film décrit un voyage de songes, il commence par le réveil de Sokourov qui va nous présenter son rêve fait de souvenir, le souvenir de son rêve). Mais surtout, comme chez le cinéaste japonais, quelque chose passe dans le vide, s'engouffre dans les espaces de la maison (le temps, la mort ?, Sokourov parle du néant en début de film).

vendredi 14 mars 2008

14/03/08

"C'est, comme, une image, mais qui viendrait de loin. Ils sont deux, côte à côte. À côté d'elle, c'est moi. Elle, je ne l'ai jamais vue, moi je me reconnais. Mais de tout cela je ne me souviens pas. Cela doit se passer loin d'ici, ou plus tard." Olga au purgatoire, "Notre Musique", J.-L. Godard, 2003.

"Le distinct est au loin, il est à l'opposé du proche. Ce qui n'est pas proche peut être écarté de deux manières : écarté du contact ou bien de l'identité. Le distinct est distinct selon les deux manières. Il ne touche pas, et il est dissemblable. Telle est l'image : il lui faut être détachée, mise dehors et devant les yeux (elle est donc inséparable d'une face cachée, qui n'en décolle pas : la face sombre du tableau, sa sous-face, voire sa trame ou son subjectile), et il lui faut être différente de la chose. L'image est une chose qui n'est pas la chose : essentiellement, elle s'en distingue. [..] Ce qui est distinct de l'être-là, c'est l'être-image : il n'est pas ici mais là-bas, au loin, dans un éloignement dont l'"absence" (par laquelle on veut souvent caractériser l'image) n'est qu'un nom hâtif. L'absence du sujet imagé n'est rien d'autre qu'une présence intense, reculée en elle-même se rassemblant dans son intensité. La ressemblance rassemble dans la force et s'y rassemble comme force du même - du même différent en soi de soi : de là vient la jouissance que nous y prenons. Nous touchons au même et à cette puissance qui affirme : je suis bien ce que je suis, je suis très au-delà ou très en deçà de ce que je suis pour vous, pour vos visées t pour vos mainmises. Nous touchons à l'intensité de ce retrait ou de cet excès. Ainsi, la mimesis enferme une methexis, une participation ou une contagion par laquelle l'image nous saisit." J.-L. Nancy, ""Au fond des images", 2004. (P12-13, 24-25)

jeudi 13 mars 2008

13/03/08

Un nouveau texte sur cinéchanges, à propos de "The Far Country" d'Anthony Mann.

"Railroaded!", un des premiers films noirs de Mann, c'est révélé assez déplaisant. Pas grand chose à voir avec le digne "Raw Deal" qui, lui, se plaçait du côté des perdants (plutôt que, comme dans "Railroaded!", du côté de la police et son catalogue de nouveaux gadgets sophistiqués pour traquer les voyous), baigné de plus dans les ambiances lumineuses du génial John Alton.

dimanche 9 mars 2008

09/03/08

Bonne nouvelle matinale avec un ancien compagnon de musique du web qui vient de me faire part de son nouveau blog de poésies : Reivaxations.
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